Organiser votre campagne de JdR en Bullet Journal

La méthode DIY complète.

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Le Bullet Journal est un système d’organisation simple et adaptable, qui permet de planifier, ranger et organiser à peu près n’importe quoi… et notamment des parties de jeux de rôle. Avec un cahier, un stylo et un peu de discipline, il permet de construire une partie évolutive sur le court et long terme. Pour ceux qui sont facilement distraits et qui n’ont pas beaucoup de temps pour préparer leurs parties, c’est un outils qui peut vite devenir indispensable.

Faire soi-même son Bullet Journal

La vocation d’un Bullet Journal dédié au jeu de rôle est de devenir le compagnon ultime qui compilera vos idées sur la campagne en cours, vos projets de suites possibles, vos notes, etc. Il pourra être utile aussi bien pour le Meujeu (écriture et suivi de campagne) que pour les PJ (notes de partie, évolution du personnage…) bien que cet article soit plus précisément dédié aux meneurs.

De quoi ai-je besoin ?

  • Un cahier que vous choisirez en fonction du volume d’information que vous prévoyez d’y mettre. Les cahiers Lechtrum 1917 ou Clairefontaine Flying Spirit sont idéaux pour créer un Bullet Journal, mais tout cahier pourra faire l’affaire. Le format A5 est le plus polyvalent.
  • Des feutres, permettant de personnaliser les pages et de mettre en évidence des informations importantes.
  • Un stylo, noir, mais c’est vous qui voyez.

Il peut-être tentant d’assortir votre journal de paillettes, gommettes, lettrines, dessins et stickers en tous genres. Gardez à l’esprit que vous devrez pouvoir brandir votre Bullet Journal n’importe où, n’importe quand, pour y annoter une idée venue inopinément. Le côté utilitaire doit primer sur l’esthétique !

Le Bullet Journal du commerce

La méthode qui suit vous explique comment créer un Bullet Journal à partir de rien. Plusieurs marques proposent pourtant des Bullet Journaux ou carnets d’aventure dédiés au JdR. (Voir par exemple les très beaux carnets pour D&D 5 de Field Notes qui s’inspirent de la méthode) À vous de voir si ces produits trouvent une utilité chez vous. Méfiance toutefois : l’intérêt de la méthode du Bullet Journal est de s’adapter facilement à des campagnes sur-mesure plutôt qu’à des cases préremplies.

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Votre Bullet Journal se composera de plusieurs séries de double-pages dédiées chacune à un sujet bien précis, les « collections ». Toutes les informations relatives à votre campagne pourront trouver place dans l’une ou l’autre de vos collections, pour collecter et tenir à jour les informations au fil de la campagne.

Certaines collections peuvent être préparées dès le départ, mais beaucoup d’autres viendront se greffer au fur et à mesure de votre campagne. Les collections vont donc se retrouver mélangées les unes à la suite des autres. Ne réservez pas de page blanche pour plus tard, car vous ne pouvez pas savoir dès maintenant de quoi vous aurez besoin par la suite. Mettez simplement chaque nouvelle page à la suite, un index est là pour les retrouver.

Commençons.

Préparation

Commencez par bien réfléchir à la campagne que vous voulez organiser. Si vous avez déjà des notes, schémas, fiches de personnages, réintégrez-les progressivement. Vous y êtes ? Bien. Fourbissez votre cahier, et :

  • Numérotez les pages de 1 à la fin. Certains calepins du commerce sont déjà numérotés, sacré(e) veinard(e) !
  • Créez un index. La première double-page de votre journal est dévolue à l’index, une section essentielle. Réservez un nombre de page suffisant pour indexer la totalité du futur contenu de votre carnet, c’est à dire environ 1 page d’index (généralement 30 lignes) pour 30 pages de journal. C’est une estimation car certaines collections pourront prendre plusieurs pages et ne seront indexées qu’une seule fois. Si votre campagne est prévue pour durer, rubriquez votre index avec des catégories d’entrées et /ou des codes couleurs pour le diviser en sous-index thématiques. Dans l’image ci-après la première colonne est générique, puis nous avons une colonne d’index « Récit » et une « Impro ».
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Page d’index.

Passons maintenant à vos premières collections.

Créez vos collections liées au jeu

Chaque jeu ayant ses spécificités, il peut-être pratique de regrouper quelques aide-mémoires dans des collections spécifiques.

  • Les antisèches de règles : Regroupez ici les points de règles essentiels, vos règles maison et hacks éventuels. Dédiez une collection spécifique à celles qui seront utiles pour une scène particulière (exemple : si les PJ prévoient de s’embarquer sur un navire pirate, les règles de navigation et de bataille navale seront utiles dans une antisèche dédiée).
  • Les antisèches d’univers : Si vous avez l’habitude de faire des fiches de révision de l’univers du jeu, intégrez autant de collection que nécessaire à cette fin. Inutile de ficher l’univers entier, vous pourrez ajouter de nouvelles collections au fur et à mesure des explorations de vos personnages.

N’oubliez pas d’indexer ces pages.

Créez vos collections de personnages

Il est souvent très utile au meneur d’avoir quelques infos détaillées sur les personnages à la table. Ces collections sont là pour ça :

  • Les informations de personnages : Résumez les motivations, les éléments d’historique, les secrets éventuels, les forces et les faiblesses de vos PJ. C’est une matière formidable pour créer de nouvelles péripéties et relancer l’action. Vous pourrez réviser ces infos avant chaque partie, et les mettre à jour progressivement si la situation d’un personnage change (exemple : s’il développe un trouble mental ou voit son secret dévoilé).
    Selon le niveau d’information dont vous aurez besoin, dédiez une double-page pour l’ensemble du groupe ou une pour chacun d’entre eux.
  • Les stats-blocks : Classe d’Armure, scores de Perception, de Santé Mentale, etc. On a souvent intérêt à faire des cachotteries en lançant les dés à la place des joueurs, ou à connaître leur état dans les diverses jauges de santé. Ne prenez en note que les informations qu’il serait dommageable de demander en plein milieu de la partie, pour ne pas plomber le rythme ou dévoiler vos intentions. Le reste est laissé à la gestion des PJ.
  • La carte relationnelle : Dédiez enfin une double-page à la carte heuristique (mind map) des relations entre les personnages, et avec les PNJ. Un rappel bien utile, là encore, à réviser régulièrement pour inspirer la suite de l’histoire, et pourquoi pas ajouter des PNJ au fil des rencontres (et de vos inventions).
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Relation map.

N’oubliez pas d’indexer ces pages.

Créez vos outils d’impro

L’ensemble du Bullet Journal aide à l’impro, mais certaines collections peuvent y être spécialement dédiées.

  • Le sac à noms : Indispensable pour ne jamais être à court. Listez ici plein de noms (éventuellement par région ou pays si besoin) de personnages, de lieux, qui vous seront utiles. Si besoin, créez également un sac à adjectifs ou termes particuliers (vocabulaire maritime pour Pavillon Noir, termes japonais médiévaux pour Les Cinq Anneaux, termes de l’univers pour Les Ombres d’Esteren…). Au besoin, téléchargez des listes toutes faites et collez-les ici. Inutile de refaire le boulot qui existe déjà !
  • Le sac à rumeurs : Intégrez ici vos rumeurs, nouvelles du monde, racontars, légendes urbaines et discussions de comptoir, sujets de discussion ou de préoccupation des PNJ de votre campagne. Divisez en plusieurs collections selon les lieux et factions si besoin : on ne raconte pas les mêmes choses d’un pays à l’autre, dans la noblesse ou la roture.
  • Tables aléatoires : Si vous utilisez des tables aléatoires de rencontre ou de quêtes, intégrez-les dans autant de collections dédiées que nécessaire.

Puis n’oubliez pas d’indexer ces pages.

Créez vos collections de suivi de campagne

Une fois posées (mais non figées) les collections précédentes, entrez les collections de suivi de votre histoire à proprement parler.

  • Chronologie de la campagne et objectifs des chapitres : Qu’elle soit écrite à l’avance ou pas, une campagne va quelque-part. Placez ici la frise générale des événements qui séquenceront les chapitres principaux de l’histoire, même approximativement. Attribuez au besoin une couleur à chaque chapitre de manière à repérer les collections qui lui sont liées.
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Chronologie de l’histoire passée de la campagne.
  • Arcs narratifs des personnages : Dans des collections séparées, ou imbriquées à la collection précédente, préparez les quêtes personnelles des personnages afin de toujours savoir où vous en êtes… et de ne laisser personne sur le carreau. En superposant la chronologie de chaque personnage à celle de la campagne, vous disposerez d’une matrice permettant de prévoir que chacun trouvera, dans chaque chapitre, des éléments liés à son propre arc narratif.
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Arcs narratifs par personnages.
  • Personnages non-joueurs et factions en présence : Dédiez une collection à chaque PNJ crucial de votre histoire et aux factions éventuelles qui lui sont reliées. Indiquez ici leurs stats-blocks, leurs motivations, leurs objectifs, leurs alliés et sous-fifres. Personnellement je commence par les factions générales avant de détailler les PNJ qui en sont membres au fil de mes besoins.
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Factions et PNJ.
  • Lieux, objets, événements, etc. : Faites de même pour chaque élément digne d’intérêt de votre histoire. Un artefact ou lieu revient-il régulièrement, cache-t-il des secrets ou mérite-t-il son plan dédié ?
  • Quêtes secondaires : Dédiez enfin des collections aux intrigues secondaires de votre histoire. Indiquez-y les récompenses à obtenir, les enjeux à réaliser pour réussir ou échouer la quête, etc.

Et bien sûr… n’oubliez pas d’indexer ces pages.

Suivi des traqueurs

Rien ne dit que les collections doivent être rédigées de manière linéaire, au contraire. Le but est d’être le plus lisible et pratique possible. Pour ce faire, n’hésitez pas à utiliser :

  • Listes à puces, « to-do lists » de tâches à réaliser, des indices à découvrir ou des suspects à confondre ;
  • Dessins, icônes permettant de repérer les éléments (exemple : une ♫ pour indiquer une playlist) ;
  • « Barres de loading » à colorier permettant de visualiser le niveau de complétion d’un objectif ;
  • Schémas, plans, croquis d’objets ou de lieux, photos ou documents imprimés ;
  • Calendriers des événements survenus ou à venir ;
  • Etc.

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Toutes ces collections donnent le nécessaire pour lancer votre partie. Au fur et à mesure de votre campagne, n’hésitez jamais à affuter vos outils, faire entrer un nouveau PNJ, lieu, objet, quête… en mettant à jour vos collections ou en en créant de nouvelles. Mettez-les simplement à la suite et indexez-les. Les pages blanches servent à ça.

A chaque séance sa double page

Préparez ensuite chaque séance en lui dédiant une double-page spécifique. Éphémère, celle-ci servira à préparer, mener et débriefer la séance. Dessus, faites figurer :

  • L’objectif de la séance (exemple : découvrir tel indice, affronter tel PNJ…) ;
  • La structure initialement prévue pour y arriver (« 1/ Attaque des sbires du grand méchant, 2/ enquête pour remonter leur piste, 3/ découverte de son repaire, 4/ coup de théâtre. ») en fonction du temps de jeu imparti ; ainsi que les scènes essentielles, les interludes, l’intro et la conclusion (très important) de la séance. Bref : structurez !
  • Les indices, personnages, lieux, informations, événements importants de la séance. Reliez-les à leur collection dédiée si besoin avec un renvoi (« voir page X »).
  • Les éléments à prendre en compte issus de la partie précédente, connus ou non des joueurs, pour préparer la séance à partir des événements passés (« avoir avoir lâché une info cruciale à un espion du méchant sans le savoir, les PJ vont tomber dans une embuscade »).
  • Un espace dédié aux notes en cours de jeu, pour éviter de jongler avec les pages de votre journal en plein cœur de la partie. A la fin de la séance, prenez un temps pour mettre à jour les informations notées ici dans les collections dédiées… et dans l’encart « à prendre en compte issu de la partie précédente » de la fois d’après.

Une fois ceci fait, barrez la page d’un grand trait vigoureux (plus d’info à en tirer) – ou indexez-là après lui avoir donné un titre descriptif a posteriori pour la reconnaître (exemple « la libération de Port-Vérole »). Vous tiendrez ainsi un journal séance après séance de votre campagne, utile pour la documenter (si vous faites des comptes-rendus) et surtout pour en préparer la suite.

Avantages de la méthode

Deux formats d’écriture de scénarios dominent le monde du JdR : le scénario du commerce, écrit généralement de manière linéaire chapitre par chapitre, et le monceau de notes éparses, fiches plus ou moins classées, diverses et utiles, regroupées dans une pochette ingérable au bout de deux séances (dit scénario « fait maison »). Le Bullet Journal, système dont je ne suis absolument pas l’inventeur, est un entre-deux parfait à la fois exhaustif, adaptable et évolutif. Améliorez son utilité en respectant les principes suivants.

Il ne doit pas (forcément) être beau : On trouve en ligne des communautés entières passionnées par le « journaling » et notamment la pratique du Bullet Journal personnel. Si leurs photos sont souvent magnifiques de personnalisation et de calligraphie, il semble essentiel de se rappeler qu’un Bullet Journal doit, avant tout, être un outil pratique. Libre à chacun(e) de décorer ses notes à sa guise – et l’idée de disposer d’un carnet de quête décoré est bien-sûr attractive – mais ne perdons pas de vue son caractère utile. Il doit prédominer.

Personne ne vous empêche de vous mettre au scrapbooking par ailleurs.

Il doit être évolutif : On ne peut pas complètement prévoir une campagne de jeu de rôle à l’avance, sauf à écrire un pur couloir dans lequel les actions des PJ ne seront pas, ou peu, prises en compte. Tenter de le faire c’est long, c’est chiant, et ça tombe toujours à côté de vos besoins réels. La méthode du Bullet Journal permet vraiment de faire évoluer sa campagne en l’écrivant au fur et à mesure. Prévoyez au départ ce dont vous avez besoin pour commencer et vaguement l’horizon que vous vous fixez (objectifs, arcs narratifs etc.), et pavez la route en l’arpentant quitte à modifier, reprendre, diviser ou regrouper des informations.

Il doit être personnel : De la même façon qu’une feuille de perso ou un revers d’écran ne contentera jamais tout le monde, un Bullet Journal doit comprendre les informations dont VOUS avez besoin. Le classement et les collections présentés dans cet article sont des exemples. Et si la technique vous intéresse, il y a fort à parier que vous adapterez vite tout ça aux besoins de votre campagne. Je n’ai pas besoin de vous dire de remixer tout ça à votre sauce. Vous êtes rôliste pas vrai ?

~ Antoine St. Epondyle
Initialement paru dans JdR Mag n°51.

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6 Commentaires

  1. Waouh.
    Tellement cool ! Bon nous on commence par « Initiation au jeu de rôle médieval/fantasy » par François Lieuvin, qui sera sous le sapin pour le grand (enfin le grand… 10 ans quoi). Donc on en est pas là… Mais un jour peut-être, on reviendra sur Cosmo lire cet article et on s’en inspirera ! ;)

  2. Je crois que je tiens là un outils pour organiser ma pensée sur ma campagne en cours de création, sachant qu’évidemment, tout cela se nourrit d’une session de jeu vers la suivante. Je suis en train de remplir mon cahier et je reviendrai vers toi pour t’en dire plus et je pense que je ferai un focus sur ton article prochainement sur mon site car je trouve la démarche vraiment pertinente.

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