Ouverture de la saison XIII

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cosmo orbus
Saison 13, image de fond générée par Jaroslaw Handrysik sur midjourney.

Quoi de plus « 2022 » que de contempler les images générées par midjourney avec le mot clé « Global Warming » ? La SF nous faisait croire que les IA nous affronteraient armes à la main, voilà quelles se foutent de notre gueule. Peut-être en pressentant à quel point leur destin est lié au nôtre.

Si les IA n’ont évidemment pas d’intentionnalité, encore moins de sens de la dérision, au moins les images sont-elles vraiment belles. Et tragiques. Même si ce tragique-là échappe aussi à ces logiciels capables seulement d’absorber, remixer et recracher ce qui leur pré-existe (avec un certain brio, je dois dire). De « permuter » et non de créer, disait Alain Damasio lorsque je le recevais en 2017 pour parler de ça.

Vertige de l’art généré par ordinateur que de saisir les angoisses d’une époque sur son futur, en repompant les images passées disponibles sur le net – dont elles foutront progressivement les auteurs et autrice au chômage.

What a time to be alive.

A l’aube d’une nouvelle saison de publications sur Cosmo Orbüs, treizième année d’errances numériques pour le meilleur et pour le pire, vient l’heure du billet d’ouverture. Honnêtement, j’aurais pu réécrire mot pour mot le même billet qu’il y a deux ans.

Auto-citation donc :

Utopique est celui qui croit que rien ne va changer, déclare Servigne sans doute pas mécontent de sa formule. Il faut perdre l’espoir que tout demeure alors que tout vient à changer. Et des cendres de nos jeunesses faire le deuil. Après tout, chaque génération ne craint-elle pas l’effondrement de sa vie d’avant ? Nous voici contraint(e)s d’apprendre à naviguer en eaux troubles, dixit Corinne Morel-Darleux. Masques sur la tronche et gel hydro à portée de main, le prétendu « monde d’après » ressemble furieusement à celui d’avant. En plus paranoïaque, moins convivial, plus inhumain alors que tout à chacun(e) est requalifié(e) en masse organique potentiellement corruptrice. Et les autruches de considérer avec stupeur la réalité d’un présent devenu imbitable.

Le monde appartient aux optimistes, qui voient en chaque perte une occasion d’apprendre. Sont-ils de si bonne foi qu’ils le prétendent ? Créeraient-ils une utopie exempte de tous les travers du monde, vrai jardin des origines, que les dépressifs y chercheraient l’arbre où s’y pendre.

On ne s’invente pas optimiste du jour au lendemain, hein.

Ceci dit les injonctions à entrer dans l’action, à assécher la panique, à se tenir finalement côte à côte, serrant les coudes de nos voisin.e.s de cordée ont, elles aussi, leur attrait.

Revoir Titanic, le film de Cameron, fait prendre conscience de la beauté improbable et sublime de l’orchestre du bord, jouant dans la panique malgré la mort inéluctable – et au lieu de tenter de sauver sa peau. Faire, pour lutter contre le marasme de la marée montante. « Tenter, braver, persister, persévérer, s’être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait » disait l’autre.

Être en mouvement, lié.e aux autres et à soi, face au vents mauvais. Ça me rappelle La Horde, tiens.

Ainsi s’ouvrit la saison XIII de Cosmo Orbüs, perçant la vacuité pour tâcher d’y créer du sens ; ouvrant avec les dents des raisons d’y croire malgré tout.

~ Antoine St. Epondyle

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