« A regarder l’Apocalypse
A attendre la fin de l’éclipse »

— Saez

Il y a dix ans, je créais un blog obscur sans but précis. Je l’utilisais progressivement pour publier des comptes-rendus de mes parties de JdR et quelques critiques de films ineptes. Dix ans plus tard, j’y suis encore et ce blog a changé ma vie.

Chaque année, le 20 juillet, reviennent les mêmes questions méta alors que je cherche un bon mot un peu optimiste malgré la fatigue pour terminer l’année en beauté. Force est de constater que cette dixième année fut, côté blog, assez similaires aux précédentes : même rythme de publication (un peu moins frénétique peut-être), mêmes sujets (on ne parle jamais jamais que de la même chose), même érosion progressive de la fréquentation. La blogosphère est morte et rares (salut à vous) sont celles et ceux qui lisent encore de longs pavés en ligne. Peu importe car « similaire » n’est pas « moins intense » et cette année-ci fut, pour moi en dehors de Cosmo, à nulle autre pareille.

J’ai commencé par attrait pour l’outil. J’ai continué par envie d’être lu et par intérêt pour les sujets que, année après année, j’affinais, réorientais et creusais sans trop de « ligne éditoriale », se réinventer étant le seul moyen de trouver le jus pour continuer. Après dix ans, j’y suis enfin toujours par goût pour cet îlot d’indépendance un peu poussif, ce petit bateau perso qui me remplit de fierté et dont l’appétit d’ogre continue de touiller mon esprit pour éviter qu’il ne fige. Ce qui m’importe aujourd’hui sur Cosmo Orbüs est l’état d’esprit de perpétuelle reconfiguration mentale, de déconstruction de mes valeurs, goûts, attentes et vision du monde. L’acte d’écrire n’a que peu d’importance en soi – celui de publier encore moins. Ce qui importe est le voyage mental, la remise en question et le dialogue ; le mouvement et le lien dirait-on dans La Horde.

A ce titre les dix dernières années ont été plus que fournies, et je jauge rétrospectivement ce qu’elles ont pu m’apporter. Toute ma vie a été bouleversée progressivement par la poursuite de ce petit projet ringard : tenir un blog. A force de persévérance, d’endurance et de rencontres, j’ai aujourd’hui la chance inouïe de vivre de cette activité. De bosser « pour de vrai » dans l’analyse de science-fiction, la presse, l’édition et le jeu de rôle. Je passe donc ma vie à mener des projets comme hier Cyberpunk Reality ou L’étoffe dont sont tissés les vents ; aujourd’hui Nos Sphères, Le Mouton Numérique et le blog, bien-sûr. A la lettre ouverte à futur-moi que j’écrivais (très pompeusement) en 2015 je peux répondre « mission accomplie ». Et croyez bien que je mesure ma chance.

J’aurais aimé fêter ces dix années en grands pompes, en discours ampoulées et en déclarations d’intention utopiques pour l’année à venir. L’époque est obsédée par le futur, les récompenses (personnelles) et punitions (collectives) qu’elles croit mériter pour donner un sens à ses actions. L’espoir du futur est pourtant une chimère incertaine dont je n’ai, au fond, que peu à cirer. Les années qui viennent auront de quoi nous alimenter suffisamment en imaginaires futuristes ou casse-gueule, en cyber- ou « hopepunk », en collapses en promesses de reconstruction. Il va falloir se muscler le cerveau pour réfléchir à tout ça. Tracer les lignes rouges qui nous concernent, ancrer nos pieds dans le sol et resserrer les liens qui continuent, quand même, à nous unir fort-fort. L’histoire semble s’être remise en marche depuis nos cours de géographie du collège, et même si nos fils d’actus ont largement de quoi révolter, terrifier, consterner et déprimer, comment ne pas s’exclamer quand même à chaque nouvelle journée : « What a time to be alive » !

Un grand merci alors, encore et tous les ans, à vous autres mes mécènes de Tipeee. Je fais le choix de ne pas vous réserver de contenu particulier, par manque de temps et par intention de toujours tout proposer gratuitement au plus grand nombre. Votre soutien n’en est que plus méritant. Merci mille fois Alias, Le Greg, Halcyon, favreauvincent, Peggy, Manu, Cestdoncvrai, Christophe, Bernard Tapeee, Luciodice, cestadrien, LN, Nadj, Esteren, Emma, Clément, Cyroul, Joasia, Framboise, Wilfried, Marie-Liesse, Onypsis, Marc Mahé Petska, JR, mathildeD_V et Paul Hartzuri.

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Merci encore à toutes celles et ceux qui m’ouvrent, depuis des années, les portes déterminantes que je m’échine à franchir. Parmi mille autres qui se reconnaîtront, une pensée particulière pour Irénée Regnauld et Yaël Benayoun du Mouton Numérique, Nelyhann du Studio Agate et Alain Damasio as himself.

Je conclus sans pompe ni pourpre, sans promettre rien d’autre que de continuer mon cyborg de chemin avec – je l’espère – votre compagnonnage amical et passionné. Merci à toi qui me lit, d’être peut-être là depuis tout ce temps. Le futur c’est maintenant.

~ Antoine St. Epondyle

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4 Commentaires

  1. Merci surtout à toi pour cet inlassable sillage que tu traces dans « l’océan des données informatiques » en écartant pour nous les pièges des sirènes technologiques et en nous permettant de découvrir avec toi de nouveaux continents ou d’en redécouvrir d’anciens.
    Je n’étais pas là au début, mais je prends toujours du plaisir à te lire. Les saisons s’enchaînent et à chaque fois, je sais que ça va touiller sacrément mes neurones. J’espère que la lente érosion de ton audience va se changer au contraire en une nette progression. Nous avons besoin d’îlots comme le tien. Moi en tous les cas, ça me fait plaisir qu’il existe, même si c’est vrai j’ai le commentaire peu facile. Sache au moins que même si je participe peu, je lis, et que ce que je lis ici trouve des échos, rebondit, secoue parfois.
    Je suis heureux que tu continues.
    À bientôt !

  2. Un petit commentaire, un semblant de bruit, ton pavé a été lu, comme chaque année.
    Les blogs sont devenus des univers entiers, et sont toujours là, portés par ci par là par des énergumènes plus ou moins solitaires.
    Là où il faut une armée qui se réinvente pour que survive les réseaux sociaux.

    Le vent se lève, il faut tenter de vivre…

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