« Sous la courbe lente du soleil,
l’ombre ne fait que passer. »

— Cyril Pedrosa & Roxanne Moreil

Bon.

Lorsque je disais, dans mes vœux 2020, « l’heure est venue de nous serrer les coudes » je ne pensais pas que l’avenir immédiat me donnerait à ce point raison. Un an plus tard le constat est d’autant plus vrai et, si les nombres n’ont pas beaucoup d’importance en eux-mêmes, je crois que nous sommes quelques-un(e)s contente(e)s d’enterrer définitivement cette année 2020 et son cortège interminable de mauvaises nouvelles.

Les nombres n’ont pas beaucoup d’importance en effet, quand la pandémie n’est pas encore un souvenir, lorsque rien n’est résolu et lorsque les jours qui s’annoncent ressemblent autant à ceux que nous quittons. Le long et noir hiver n’en finit pas d’étendre sur nous son ombre, et tire derrière lui son cortège de dépressions et crispations en tous genres. De morts passés et futurs, aussi.

Et si rien ne devait revenir à la « normale » ? Et si nous n’étions qu’au démarrage de quelque-chose d’autre ? Éternelle lapalissade que de constater que chaque fin est un début ; et pourtant la question pourrait se poser un peu plus vertement que d’habitude en ces jours troublés. Si rien ne devait revenir à la « normale », quel serait le sens de nos actes quotidiens, entre consommation frénétique de divertissements connectés dans l’attente d’un hypothétique retour au calme, angoisses mal rentrées et sidérations / colères collectives devant les déchirements du monde qui n’en finit pas de se polariser en fractions kaléidoscopique de réalités tantôt étanches ou poreuses ? Glisserions-nous vers une nouvelle ère, la fin de la parenthèse démocratique sur fond de spirale de dévastation climatique et de tensions épidémico-économiques, le remarquerions-nous ?

Les nombres ne comptent pas tant, et pourtant. Les nouvelles années 20 ne peuvent, désormais, plus être placées sous le signe de la surprise. Le monde change, ses craquements tectoniques résonnent aux tréfonds des fondations de nos sociétés, quand d’autres s’embrasent ou s’effondrent depuis si longtemps, pas si loin, et répercutent leurs lugubres échos aux creux de nos colonnes vertébrales en paralysant parfois nos cervelles encombrées. Dès lors, que faire ?

Plus que jamais, se serrer les coudes. Prendre soin les un(e)s des autres. Réfléchir, tâcher de comprendre, par bouts, abandonner l’inutile et choisir nos combats pour ne pas imploser. Garder vifs et forts les liens qui nous unissent, toujours, les renforcer, en créer de nouveaux. Rester exigeant(e) envers soi et les autres, ne pas se leurrer, ne pas se flageller non plus, pardonner, réparer, se relever et aider à le faire. Chercher, tant que possible, à devenir de meilleures personnes.

Bonne année 2021 quand même. Tâchons d’en tirer le meilleur ensemble.
L’ombre ne fait que passer.

~ Antoine St. Ep.

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